[Carnet de balade] Une nuit sur le plateau d’Emparis – Partie 1

5
mai 2020

Le plateau d‘Emparis se trouve au dessus de La Grave, à cheval entre l’Isère et les Hautes Alpes. À plus de 2000m d’altitude, il fait face aux Écrins et à la Meije.

Il y a quelques années, je suis parti là-haut avec deux amis. J’en garde un excellent souvenir : celui d’une montée assez éprouvante avant l’arrivée sur une lande sauvage où les vaches paraissaient. Puis une longue marche vers un des lacs du plateau, le lac Lérié, avec une vue imprenable sur les Écrins. 11 heures de marche intense, suivie d’un mal de crâne qui m’a carrément empêché de conduire pour le retour.

Autant dire que si j’avais très envie d’y retourner, je préférais éviter une nouvelle journée de marche… En farfouillant sur le net et en discutant avec des connaissances, j’ai appris qu’un chemin, carrossable, de l’autre côté du plateau, permettait de monter jusqu’en haut en voiture. Il n’en fallait pas plus pour faire taire ma paresse et que je parte, comme à mon habitude, sur un coup de tête ! Nous sommes en automne.

J’avais en tête de passer la nuit sur place. Le samedi matin, je préparais ma petite Clio camping car d’un soir : on rabat les sièges, une planche pour faire un lit à peu près plat, puis j’empile un drap, un sac de couchage (qui s’ouvre entièrement) pour isoler et enfin ma couette. Quelques courses dans une glacière, le matos photo et c’est parti. 

Depuis la Tour du Pin, il faut compter environ 2h-2h30. Je connais la route par cœur mais je découvre la route carrossable du plateau pour la première fois. C’est une expérience… intéressante ! Un enchaînement d’épingles à cheveux sur une piste de terre, le vide d’un côté et très peu de place pour se croiser. Pour un peu, je me serais cru de retour en Islande !

Arrivé en haut, c’est un spectacle à couper le souffle. Je sors de la voiture, m’habille un peu et choppe mon appareil. Je cours presque vers une hauteur proche et commence à mitrailler. Il a plu quelques jours plus tôt et les nuages sont encore gris. Je pressens un joli coucher de soleil pour le soir.

Un autre monde

Chasse du coucher de soleil fugace

Je décide de partir sur un sentier, je ne sais pas vraiment où il mène mais j’aime me laisser porter. Les habitations éparses forment une présence fantomatique dans le paysage. Je traverse un vallon en suivant un ruisseau sans nom (à ma connaissance…), avant d’arriver à un léger promontoire au dessus de la vallée, qui rejoint le hameau du Chazelet. Je traverse le ruisseau de Rachas, marquant la frontière entre l’Isère et les Hautes-Alpes. L’herbe est épaisse. Je m’y installe, face à un panorama qui s’étend du Mas de la Grave aux Écrins. Je m’allonge dans l’herbe, profitant du silence, simplement troublé par le vent, le ruisseau au loin, les cloches des vaches dans la vallée et un avion survolant de temps à autre le plateau d’Emparis.

Le soleil descend petit à petit, passe enfin sous les lourds nuages gris et illumine les monts autour de moi. Mes yeux pétillent et l’appareil photo crépite. Un moment bref, le soleil retournant se cacher derrière les nuages. 

Je rentre, marchant vite, dans l’espoir de voir le soleil revenir et d’en profiter sous un autre point de vue. Mais il est définitivement parti se coucher.

Les derniers rayons viennent frôler le sommet des monts alentours.
La frontière entre l’Isère et les Hautes-Alpes

Je mange un bout, la nuit se lève, la lune, quasi pleine, aussi. Elle illumine le plateau d’Emparis d’une nouvelle lumière, aussi vive que le soleil derrière les nuages, qui eux, ont en parti disparu et laissent enfin apparaître les étoiles. La vue de ce plateau sous la lumière de la lune n’en est que plus magique… Je teste quelques photos en poses longues, capturant la course des nuages dans le ciel. 

Je passe la fin de la soirée immobile, un compagnon de « bivouac » profitant également du spectacle non loin de là. Enfin, il est temps d’aller dormir.

Les dernières lueurs…
Une pose longue sous une nuit de pleine lune (ou quasi). Comme en plein jour !
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